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4 septembre 2013

Une rentrée sur les planches


 



Publié sur Friture Mag dans la Chronique Bancs Publics Une rentrée sur les planches.

  

Bon ben ça y est, ça fait la une des quotidiens, les JT ne parlent que de ça, ça passe en boucle sur les ondes, c’est le méga événement : la rentrée !!
Passons les topos habituels sur les effectifs, les nouveautés de la rentrée, la fameuse refondation de l’école, la question des rythmes scolaires, les soit-disant créations de postes, etc.


Ce matin j’entendais à la radio une enseignante interrogée sur ce fameux stress qu’ont la plupart des professeurs la veille de la rentrée. Outre le fait que je pense que cet état n’est pas exclusif aux enseignants, cette collègue préférait utiliser le terme de "trac", comme celui du comédien avant de monter sur les planches.

C’est vrai qu’à partir du moment où on formule des phrases qui sortent de notre quotidien, et que notre visage montre des expressions inhabituelles, on peut considérer qu’on joue un rôle. C’est rare que lors d’un repas entre amis, au moment où je demande à mon voisin de me passer le sel, j’ouvre grand les yeux, je fronce les sourcils, je change ma voix et je dis : "Mais.... Si Paul a perdu 3 billes, combien lui en reste-t-il ?"
Grâce à cette métaphore, il est plus facile de comprendre et justifier pourquoi, en fin de journée on peut parfois être vidé de toute énergie.


Pour capter l’attention du public, le comédien place sa voix. S’il ne parle pas fort, on ne l’entend pas, s’il crie, l’audience va se préoccuper de l’état de son conduit auditif plutôt que de la tirade jouée mais aussi, ne désirera plus revenir voir cette pièce.
Le regard et les expressions du visage doivent également produire leur effet. Dans l’acte 1, scène 1, le dramaturge théâtralise la surprise, pour susciter l’envie de connaître la suite, puis passe de l’émerveillement (sourire, yeux écarquillés) à la déception (les sourcils se froncent), pour finir de manière plus placide sur le prologue.



L’artiste joue de son corps, il utilise au maximum l’espace de la scène, non seulement pour ne pas rester figé et endormir son auditoire, mais aussi pour que, peu importe où on est placé dans la salle, on puisse en profiter.

Mais que serait un comédien sans son texte ? Un texte ça se travaille, ça se prépare, ça s’écrit avec des didascalies invisibles au spectateur mais précieuses pour le jeu d’action, ça s’apprend, ça se comprend pour être le plus crédible possible, ça se modifie en fonction des réactions du public la veille. Mais des fois, un texte ça peut faire un flop... l’artiste ne s’attendait pas à ce que le contenu ne soit pas accessible, l’auditoire s’ennuie, regarde le plafond, jette des popcorns, est sur le point de quitter la salle. L’auteur-interprète va alors se saisir de l’un des outils dont il doit être toujours muni : l’improvisation théâtrale.

Le jeu du comédien c’est fondamental, mais la satisfaction de l’audience l’est d’autant plus. Mais d’ailleurs, qui sont ces occupants de la salle ?
On trouve des catégories diverses : ceux qui sont là parce qu’ils aiment le théâtre, d’autres n’aiment pas ça mais on les a forcé à venir, certains ont déjà vu la pièce, pour d’autres c’est une activité nouvelle. L’important est que tout le monde trouve sa place, soit installé confortablement et prenne goût à ce divertissement.


Les trois coups ont frappé, c’est l’heure d’entrer en scène.
"Est-ce que je suis prête ? Est-ce que je ne vais pas oublier mon texte ? Est-ce que je ne vais pas décevoir mon public ? "
Que le spectacle commence...!

9 juin 2013

Il était une fois un papa et une maman


  


Publié sur Friture Mag dans la Chronique Bancs Publics Il était une fois un papa et une maman.


Je viens de tomber sur cet article qui circule sur le net, sur des sites dont les sources sont douteuses et dont le discours sent la propagande ségrégationniste. Le clavier me démange...

On parle ici d’un livre intitulé "Papa porte une robe" et selon cette source, cette histoire serait ajoutée aux programmes de CP-CE1.
Je rectifie cette information.


Tout d’abord, le changement de gouvernement et la dite Refondation de l’École n’a pas abouti à un changement de programmes. Aucune circulaire n’est arrivée dans les écoles.
Ensuite, les programmes sont élaborés sous forme d’objectifs et de compétences à acquérir. L’enseignant possède une liberté pédagogique sur les supports utilisés tant que les instructions officielles sont respectées. Par conséquent aucun manuel ni livre n’est imposé mais il existe malgré tout une "liste de référence", non obligatoire, si l’enseignant manque d’inspiration.


HUMANITE VOUS DITES ?


Mais je suis surprise de voir que l’auteur de cet article qui appelle au "bon sens et à l’humanité", clame ensuite en s’exprimant sur l’homosexualité et les travestis, "qu’il s’agit d’un modèle déviant à éviter ou bien qu’il s’agit de formidables exemples à suivre et que rien n’est plus souhaitable que de se faire enfiler dans les toilettes d’un bar de nuit de Pigalle avec sa robe et ses portes jarretelles".
Nous n’avons pas la même définition de l’humanité et du respect mutuel des différences. En quoi cela gène Monsieur (Madame ?) dans sa petite vie, que d’autres aient envie de se faire enfiler ?


DIS PAPA, C’EST QUOI ETRE NORMAL ?


Le blogger dénonce aussi que "à 6 ans, avant même qu’on leur ait appris à construire quelque chose, les enseignants apprennent donc à nos enfants à « déconstruire »."
Et bien oui, de 0 à 6 ans les enfants n’ont pas passé leur temps à faire des bulles, ils se sont construits en fonction de leur environnement familial, avec des jeux et des histoires qu’on leur a racontées. L’auteur estime que les pauvres petits naïfs sont formatés à la théorie des genres et ne sont pas concernés, mais éviter le plus tôt possible de construire des modèles normés et favoriser une construction qui ouvre à la diversité semble une option avantageuse.



Intéressons-nous d’ailleurs aux histoires racontées aux enfants puisqu’il est question de ça ici.
Si on regarde les contes traditionnels, le modèle patriarcal règne. Les personnages sont des princes hétérosexuels et princesses hétérosexuelles sauvées par l’homme, qui finirent heureux, se marièrent et eurent plein d’enfants.
En ne lisant que ce schéma, l’enfant est conditionné dans ce modèle dominant hétérosexuel qu’il va interpréter comme la normalité. Lorsqu’il sera confronté plus tard à l’homosexualité autour de lui ou de lui-même (horreur !!), il percevra inconsciemment cette orientation comme quelque chose qui sort du cadre et par conséquent quelque chose de mal.


Pour rebondir sur la théorie des genres, les stéréotypes de l’homme et de la femme sont également prédéterminés dans les albums de jeunesse.
Il suffit d’observer quelques titres pour réaliser le conditionnement précoce dans lequel on enferme les petits garçons et les petites filles. Je vous laisse vous-mêmes vous amuser en regardant le rayon jeunesse dans les librairies. Voici quelques exemples.
"Les garçons, ça joue pas à la dînette." Donc un garçon n’a pas le droit d’aimer la dînette.
"Chloe joue à faire le ménage". Youpi !! Rien d’autre à proposer que la bouffe et le ménage ?


La place de chacun dans la cellule familiale est aussi déterminée. Dans la majorité des cas, c’est "Je me couche avec maman et je joue avec papa". On voit vite à qui revient la meilleure part du gâteau.

Pour finir, selon moi il est nécessaire que les enfants se construisent dans la diversité, dans le but d’abord de comprendre la différence et de se respecter mutuellement selon le sexe, l’orientation sexuelle, la couleur de peau, mais aussi pour que chacun sorte d’un déterminisme social afin d’avoir la liberté de choisir.

19 avril 2013

Violence institutionnelle : et si on enseignait autrement ?





Publié sur Friture Mag dans la Chronique Bancs Publics Violence institutionnelle : et si on enseignait autrement ?

La violence à l’École est un terme récurrent qui touche l’éducation. On parle souvent de violences physiques ou verbales entre élèves ou d’élèves à enseignants. Mais on entend peu parler de violence institutionnelle, celle générée par l’Institution elle-même. 

Va au coin...

Comment qualifie-t-on un système dans lequel des acteurs en construction sont cloisonnés dans un milieu qui ne leur appartient pas et dans lequel ils ne se sentent parfois pas les bienvenus ? Un système à la fois punitif, dévalorisant et culpabilisant qui semble être accepté et toléré de tous, laissant entendre qu’il n’existe qu’une seule façon d’éduquer ? Je parle ici de violence psychologique ou symbolique liée aux contraintes des missions et du fonctionnement de l’École.

Mettons-nous à la place d’un élève lambda qu’on appellera Yanis et étudions quelques situations qui peuvent générer cette violence.

Commençons par les effectifs de classe. Plus une classe est nombreuse, moins l’enseignant peut apporter une aide ou un soutien individuel. Yanis n’est ni en difficulté ni en réussite mais il a besoin de se sentir bien pour apprendre. Au lieu de ça, il se sent négligé car la maîtresse ne lui adresse la parole qu’une seule fois dans la journée. « Elle parle toujours aux autres. »
En réponse à cette situation, Yanis n’a pas envie d’apprendre.

Arrivent ensuite les évaluations. Yanis n’a pas réussi, il était angoissé car il avait peur de se tromper. Sur son livret, la maîtresse pointe ses difficultés et ne mentionne pas ce qu’il est capable de faire. « Pfff y a toujours quelque chose qui va pas, j’y arriverai jamais... » Yanis a besoin qu’on l’encourage.

Les autres de la classe comparent leurs résultats et font les malins. Yanis ne se sent pas à la hauteur. Une invitation à la concurrence et à l’individualisme s’installe.

Yanis sera ensuite stigmatisé avec des dispositifs tels que des PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Educative), élaborés par la maîtresse et la famille lors de réunions appelées Equipes educatives dans lesquelles les acteurs de la réussite de l’enfant réfléchissent à des solutions pour que Yanis « se mette sérieusement au travail ». C’est dans ces réunions qu’on fait culpabiliser les parents en leur rappelant qu’ils pourraient s’atteler un peu plus à la tache.

Yanis est aussi montré du doigt car désormais il doit venir plus tôt le matin pour faire les heures d’Aide Personnalisée. Il aime bien être en petit groupe avec la maîtresse mais il a commencé à prendre du retard et ne comprends plus ce qu’on lui demande.

Et puis Yanis est perdu dans ce système dans lequel les règles de vie de l’école et de la classe sont imposées telles une morale bien pensante qu’il ne comprend pas et n’intègre pas. Alors, pour montrer qu’il existe, il commence à faire « le pitre », (« Ah, ça tu sais faire !! »)

Et qui ne respecte pas les règles, est puni... Yanis est souvent exclu de classe.
« Non seulement je suis en difficulté scolaire, mais en plus je ne sers à rien et je vais même jusqu’à déranger. Aller à l’école pour me retrouver à la porte ne me motive pas, aller à l’école pour faire plaisir à la maîtresse ou aux parents ne me transcende pas, aller à l’école pour vivre sous des règles qui m’échappent ne m’emballe pas...
Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ? Je décroche... »

Comment se construire dans de telles conditions et être disponible pour apprendre et comprendre le monde qui nous entoure ? Comment prévenir cette violence ?
Penser et faire différemment semble être une alternative à prendre en compte.

La pédagogie institutionnelle, kézaco ?

La pédagogie institutionnelle remonte au début du XXeme siècle. L’instituteur Célestin Freinet qui militait pour une Ecole Emancipée et une Education Nouvelle Populaire a mis en place des ( ) classes coopératives. Plus tard, le mouvement de la pédagogie institutionnelle s’est dégagé avec Jean Oury.

En quoi ça consiste ? 
 
C’est un réaménagement de l’espace, du temps et du fonctionnement dans la classe autour d’une institution plus ou moins créée et gérée par les élèves eux-mêmes.
Elle prévoit des espaces et des temps de parole libre autour d’activités ritualisés.
Les enfants se réunissent dans un coin en Conseil de Classe, mené par un des élèves pour prendre des décisions démocratiquement. Ils proposent des solutions pour régler une situation et votent pour choisir la réponse adaptée.
C’est ainsi que sont élaborées les règles de vie de la classe. On part d’un problème, on se questionne pour trouver une réponse à ce problème, on ajoute une règle à notre règlement. C’est quand même plus sympa quand c’est nous qui choisissons les règles du jeu...
Les temps de parole libre se retrouvent aussi autour du « Quoi de neuf ? ». Un élève raconte devant toute la classe ce qu’il a fait de farfelu dans le week-end ou présente un objet qui sort de l’ordinaire.
Le tout mené par un élève qui donne la parole aux autres, et un enseignant en retrait qui vérifie d’un coin de l’œil que le débat ne dérive pas.

« Maitrêêêsse ! » - « Ah je ne peux rien pour toi, tu vois avec le responsable »

La pédagogie institutionnelle c’est aussi un collectif coopératif en autogestion. Chaque élève a un métier dans la classe, qui peut aller de ramasseur de cahier, à responsable de clés en passant par écrire le nom des absents mais aussi facteur ou photocopieur, arroseur de fleurs... Le matin, ce sont les élèves qui mettent la classe en route. C’est une manière non seulement de les rendre responsables de la tenue de la classe mais aussi de servir à quelque chose dans ce fonctionnement. Quand un élève est absent la maîtresse est bien embêtée... Grâce à ces responsabilités, la classe passe d’un lieu impersonnel à un lieu de vie qui fourmille et dans lequel chacun a une place importante. Les termes de concurrence et d’individualisme laissent place à l’entraide et au respect de l’autre.

Mais comment se répartissent ces métiers ?

Les Ceintures de couleurs sont un outils inspiré des ceintures de judo. Chaque couleur correspond à des compétences, qui donnent des droits dans la classe et des métiers.
Par exemple, pour passer de la ceinture jaune à la ceinture orange je dois être capable de m’occuper sans déranger si j’ai fini un travail, j’ai ensuite le droit de me lever pour prendre un livre à la bibliothèque ou d’aider un copain qui bloque et cette ceinture me donne accès à plusieurs métiers.
On passe d’un système punitif à un système valorisant qui donne envie d’avancer. Grâce à cet outils, l’élève arrive à se situer et voit qu’il grandit.

C’est tout bénef’. La pédagogie institutionnelle rend une classe vivante, investie, qui permet un rapport différent et déculpabilisant à l’apprentissage.
Notre petit Yanis serait mobilisé pour grandir et apprendre pas seulement pour faire plaisir à la maîtresse ou à ses parents.

Plutôt que former des moutons disciplinés et névrosés cette pédagogie tend à former des citoyens responsables et autonomes. Elle entre entièrement dans les exigences du ministère qui visent à faire acquérir « d’une part des compétences sociales et civiques et, d’autre part, de l’autonomie et de l’initiative des élèves ».

Si le changement de société doit passer aussi par l’Ecole, je trouve ça dommage que la formation de professeurs, même si elle mentionne ces pédagogies alternatives, ne s’y intéresse pas de plus près.

24 mars 2013

Le masculin l'emporte

 



 Publié sur Friture Mag dans la Chronique Bancs Publics Le masculin l'emporte

Ah... arrive l’exquis moment en grammaire où on aborde les pronoms et les accords. Pourquoi remplace-t-on « La voisine et le voisin » par le pronom masculin « ils » ? Et pourquoi un adjectif qui se rapporte à plusieurs noms s’accorde-t-il au masculin ? Le moment pour moi de marmonner, de rougir, de sentir une légère colère avant d’affirmer haut et fort : « Parce que le masculin l’emporte ! »
 
En 2011, des associations féministes s’indignaient contre cette règle et réclamaient le retour à la règle de proximité disparue au XVIIeme siècle : « un adjectif qui se rapporte à plusieurs noms s’accorde avec le nom le plus proche », ce qui donnerait : « le pantalon et la chemise sont vertes. » Mouais...

A cette époque, un grammairien, le Père Dominique Bouhours, avait décrété que lorsque deux genres se rencontrent, le plus noble doit l’emporter, idée renforcée à peine deux cents ans plus tard, par un autre grammairien, Nicolas Beauzée : « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. »

Certes ces messieurs ne manquaient pas d’audace, mais plutôt que titiller sur la grammaire, pardonnons à nos aïeux leur manque d’illumination à ce sujet et regardons où nous en sommes aujourd’hui.

Le cerveau a-t-il un sexe ?

Dans ses recherches, la neurobiologiste Catherine Vidal tente de briser les idées reçues et les stéréotypes sur la différence entre les hommes et les femmes. Elle a cherché à prouver scientifiquement que les différences biologiques ne déterminent pas une personnalité, une aptitude dans tel ou tel domaine et par extension un rôle social.

En 1990, une étude américaine montrait que les garçons étaient plus fort en maths. En 2008, les filles et les garçons avaient le même niveau. L’espèce féminine aurait-elle évolué en un temps record ? Et bien non. Grâce aux nouvelles techniques d’imagerie cérébrale comme l’IRM, Catherine Vidal a pu démontrer que nous avons une plasticité cérébrale, un épaississement de certaines régions du cerveau en fonction du nombre de connexions entre les neurones. Que l’on naisse fille ou garçon, cette connexion se fait de le même façon.
La différence des capacités intellectuelles et cognitives (apprentissage, mémoire, attention, perception,...) dépasse la différence de sexe et la diversité de cerveaux dépend de chaque individu selon l’expérience, l’environnement, l’éducation.
Par exemple, les cerveaux de deux pianistes se ressembleront car les régions qui contrôlent cet apprentissage sont plus épaisses.
Et bien c’est pareil pour les maths.
Les petits garçons se voient offrir des jeux de construction, des caisses à outils, ainsi les capacités liées à ces activités (créativité, logique,...) vont se développer et feront de lui une personne forte en maths.
Là où les petites filles, se verront offrir des poupées et des jouets qui restent dans le domaine de la sphère privée, à l’intérieur, elles auront tendance à bavarder et développeront plutôt des capacités pour le langage. Par conséquent, la différence de niveau en maths entre 1990 et 2008 est certainement due à une stimulation identique donnée aux petites filles et aux petits garçons durant cette période.

Catherine Vidal ajoute aussi que rien n’est figé.
Si le cerveau n’est plus stimulé, l’épaississement se réduira et à contrario, si on le stimule, de nouvelles capacités se développeront.

Que retenir de tout ça ?

A en croire ces études, rien n’est inné, tout s’acquiert selon l’expérience. Dans le cadre de l’enseignement, ces résultats prouvent bien que les filles et les garçons sont capables de développer les mêmes aptitudes. Mais au delà du sexe, et je pense aux élèves en difficulté, il n’est jamais trop tard pour apprendre dans quelque domaine que ce soit, et croire que rien n’est irréversible semble être une erreur.

Un bel éclairage pour remotiver les élèves dont l’estime de soi a été diminuée.

20 février 2013

Cette école à deux rythmes






Publié sur Friture Mag dans la Chronique Bancs Publics Cette école à deux rythmes.

Jusqu’ici, je n’arrivais pas totalement à définir le malaise que je ressentais dans cette réforme de l’Ecole. Et puis la semaine dernière j’ai trouvé ce dépliant dans mon casier. Un dépliant fourni par le ministère destiné à informer les familles dont voici l’intitulé : « Réforme des rythmes à l’école primaire. Favoriser la réussite scolaire de tous les élèves. » Un petit laïus de quelques lignes fait guise d’introduction et présente cette réforme avec tellement de beaux termes mélioratifs - du respect par ci, de l’épanouissement par là - qu’il en dégage un soupçon de propagande.La lecture de ce document m’a donné froid dans le dos et a libéré un taux plus qu’important d’adrénaline. 

« Français ne vous inquiétez pas, nous avons sauvé l’école. »

Ils ne savent plus comment la vendre cette dite refondation.
On s’attendait à une révolution ambitieuse, novatrice et la fin des concertations a accouché d’une réformette des rythmes, de postes rétablis et le retour de formation des professeurs.
Réintégrer une partie de ce que nous avons perdu les cinq dernières années, ce n’est pas ce que j’appelle une refondation, mais plutôt.... une compresse de gaze.
Et puis... On le sait bien, une compresse de gaze c’est truffé de bactéries. Le débat sur les rythmes engendre une épidémie qui se diffuse et infecte les salles de maîtres et toute la communauté éducative. Le sage insiste-t-il pour qu’on regarde le doigt plutôt que la lune ?

L’école est malade, elle a un symptôme majeur, les inégalités qu’elle creuse, ou qu’elle ne réduit pas. Il suffit d’ouvrir un dictionnaire pour lire que « les symptômes sont les caractéristiques d’une ou plusieurs maladies. »
Les rythmes correspondent à une pathologie, mais à en croire nombre de sociologues et chercheurs, le manque de mixité scolaire, la concurrence entre les écoles et le système sélectif en sont d’autres.

« Il est dans une bonne école le tien ? »

La bonne école, celle de la réussite et la mauvaise école, celle de la difficulté... C’est beau... On dirait une phrase tirée d’un roman mélo-dramatique qui s’appellerait « On te donne l’égalité des chances, tu vas pas pleurer Pénélope ».
C’est un peu plus compliqué que ça.
Commençons d’abord par quelques témoignages.

J’ai été surprise l’année dernière de voir une maman me demander si je suivais les programmes vu que l’école est en ZEP. Il manquerait plus qu’il y ait des programmes ZEP...
Mais j’ai surtout été troublée de voir cette petite fille qui avait le niveau demandé pour sa classe d’âge et qui lorsqu’elle a changé d’école en cours d’année, a été maintenue. Elle n’avait certainement pas un « bon » niveau, pas au regard des programmes mais par rapport au reste de la classe.
Elle est sûrement tombée dans une de ces « bonnes écoles » et a dû faire tâche parmi les autres élèves poussés par leurs parents (et libre à eux), qui ont compris et intégré les rouages du système scolaire sélectif qui les attend plus tard. Manque d’harmonie...

« Tu l’as bien mérité ! »

Je me questionne alors sur les réelles missions de l’École.
Accélérer l’ascenseur social de ceux qui ont déjà tout ? Ou avancer tous ensemble ?
Quel sens met-on derrière le mot « réussite » ? Écraser les autres au nom du mérite ?
Dans les feux-IUFM, on insistait sur le conflit socio-cognitif, cette confrontation entre plusieurs élèves pour apprendre ensemble. Seulement si on se confronte dans l’entre-soi, on n’avance pas bien vite, ou en tout cas pas assez vite par rapport aux exigences de cette Ecole.
Tout dépend de l’entre-soi dans lequel on est né...

Dans ma « mauvaise école », la difficulté est rassemblée, c’est par conséquent plus laborieux d’accompagner dix petits plutôt que deux ou trois.
Dans ma mauvaise école, il nous manque cette mixité et cette stimulation que pourraient nous apporter ces élèves qui ont les moyens d’être dopés à la maison.
Dans ma mauvaise école, un enfant qui arrive déjà outillé ne régresse pas. Il apprend à son rythme lui aussi. Et je ne m’inquiète pas pour son avenir.

Alors plutôt qu’essayer de donner plus à ceux qui ont le moins, pourquoi ne pas mixer un peu tout ça ? Tout le monde y trouverait son compte.

A quand la refondation de l’École ?


2 février 2013

Une classe hétéro quoi ?....


 
 


Publié sur Friture Mag dans la Chronique Bancs Publics Une classe hétéro quoi ?....

Une classe hétérogène.
Dans le jargon c’est la différence des niveaux et des rythmes d’acquisition dans les apprentissages.
Jusqu’ici tout va bien. Toutes les classes sont hétérogènes. Et un des défis de ce métier consiste à adapter les situations d’apprentissages à ces différences et à pratiquer un autre jargonnage appelé la pédagogie différenciée.
Voyons de plus près en quoi consiste cette pratique.
 
Ma compagnie

Laissez-moi tout d’abord vous mettre dans le bain en vous introduisant brièvement à ma petite compagnie.
Enseignante en zone d’éducation prioritaire, l’effectif de la classe est réduit à 19 élèves. 19, mais pas des moindres.
Chacun dans sa différence et dans sa richesse amène un côté plus que vivant à la classe.
Permettez-moi de vous en présenter quelques-uns.

Princesse aime le rôôôôse !! C’est celle qui passe ses journées à admirer ces stylos paillettes et qui écrit chaque lettre de la date avec une couleur différente.
C’est la copine d’Elastic-girl.
Elastic-girl est d’une souplesse incontournable !! En deux temps trois mouvements elle arrive à se retrouver dans des positions inconnues du Kama Sutra (Je ne suis pas allée vérifier). Tête écrasée sur le sol, une jambe sur la table, l’autre en l’air, une main qui s’agrippe à la chaise, l’autre sortant de son cartable son cahier de poésie. Aaaaaaah si j’avais eu un polaroïd...

Ensuite il y a La Flèche (qui fait office de Mc Gyver aussi). Je vous laisse deviner, il sait saisir quelques secondes de flottement pour se lever, s’asseoir, se relever, s’accroupir sous la table pour retourner son casier et se rasseoir en bidouillant minutieusement toupies, vis, gomme,...

Puis, il y a Championne, celle qui a fini son travail quand Princesse est en train d’hésiter entre le rose fushia ou le rose bonbon pour écrire le J de Jeudi.
Maladroit, lui, s’arrange à tomber de sa chaise tous les quarts d’heure.
Le Coq, parce qu’il a les yeux clairs s’offre le privilège de faire ce qu’il veut. (Je me laisse amadouer aussi...)
Aquarelle, on n’entend jamais, voire pas assez, elle m’impressionne quant à la précision de ses dessins.
Pendant qu’Electron Libre se promène au milieu de cette joyeuse compagnie.
Je ne vous parle pas de Fayot, vous le connaissez.

Et la pédagogie dans tout ça ?


Vous allez me dire, je n’ai pas encore parlé de pédagogie différenciée. C’est vrai.
Mais c’est lié.
Ces élèves ne sont pas disponibles.
Raccourcir les journées de 45 minutes ? Pourquoi pas. Ça ne réglera pas le problème du 25 carré dans lequel ils vivent avec leur famille sans table pour manger, ça ne les sortira pas de la misère dont ils sont témoins et qui est le seul avenir qu’ils se représentent. Aller à l’école ? Ça sert à quoi ?...

Dans les écoles où la non-disponibilité de la moitié des élèves s’impose, comment parvenir à aider à la fois celui qui ne connaît pas l’alphabet, celui qui ne sait pas lire, celui qui commence à lire mais qui doit pratiquer, celui qui n’a pas compris la notion abordée tout en « donnant à manger » à celui qui a tout pigé... le tout sans faire de l’occupationnel et sans en laisser sur le carreau ?
En théorie, la différenciation, ça ne tombe pas du ciel, ça se prépare. En pratique, je parlerais plutôt de devoir d’ubiquité.

Il me vient alors à l’esprit une aide parmi d’autres presque désuète, les RASED. Ces enseignants et psychologues spécialisés qui complétaient l’aide personnalisée du maître ou de la maîtresse de la classe. Ils apportaient une aide spécialisée aux élèves en grande difficulté pour travailler individuellement sur le « métier d’élève », sur le dépassement de leurs difficultés, dans le but d’impulser le désir d’apprendre.
Sommairement, des coachs en développement personnel.
C’était une prise en charge qui donnait des résultats.

Aujourd’hui la baisse de moyens engage ce personnel à jongler sur plusieurs écoles et à établir des priorités sur les besoins. Au final il ne peut intervenir que sur quelques élèves et sur un temps très court.
Une belle perspective de « réussite pour tous »...