Lors
d'un repas au restaurant entre collègues, le serveur prend la
commande et se tourne vers moi:
«
Et vous Mademoiselle vous prendrez quoi? ».
Je
lui réponds:
«
Mademoisêêêlle?! Pourquoi Mademoiselle?!! ».
Le serveur,
interloqué, balbutie, se confond en excuses et répond:
«
Ben... beuh... euh... je sais pas moi... vous aimez bien quand on
vous dit Mademoiselle, ça vous fait vous sentir jeune... »
«
Ouais c'est surtout une façon de « sexualiser » la femme!! Une
salade gourmande s'il vous plaît! »
Puis il retourne en cuisine.
Si cette scène provenait d'une bande-dessinée, une bulle sortirait
de ses pensées: « Encore une chieuse féministe!! »
Certes
ce n'est pas désagréable de paraitre encore jeune et
pimpante mais rappelons tout de même le sens initial de cette
galanterie masculine.
Si
on suit la logique du modèle patriarcal, la distinction
Madame-Mademoiselle
laisse
deviner la situation maritale de la femme.
La
demoiselle
devient madame lorsqu'elle passe de l'Autorité de son Père à celle
de son époux et qu'elle est autorisée à consommer le fruit
auparavant défendu, dans le but de procréer et éduquer.
Sur
les anciens formulaires administratifs figurait cette interrogation
Madame-Mademoiselle,
ce
qui revenait à demander
implicitement:
Êtes-vous
vierge?
Avez-vous
consommé avant le mariage dans un autre but que procréer?
Avez-vous
pêché?
Êtes-vous
une catin?
Je
dois avouer que je me fiche pas mal de cette galanterie mais ajoutée
à d'autres mielleuseries courtoises, c'est à se demander si la
femme ne se prend pas elle-même pour une quiche qui entretient une
certaine domination masculine.
Se
faire ouvrir la porte, se faire entretenir au resto, se faire aider
pour faire un créneau, se faire aider
pour bricoler,...
Non
mais oh...mesdames. On n'est pas des assistées.
Notre
liberté dépend de nous
Combien
de femmes entend-on se lamenter?
«
Mon homme ne fait pas la cuisine, ne fait pas le ménage, ne s'occupe
pas des enfants, fait la fête,... »
L'homme a bon dos mais il ne
dépend que de nous de dire non et de se débarrasser de ce modèle
patriarcal qui prêche inconsciemment que seul l'homme décide et a
le droit de vivre pleinement alors que la femme – ce
demi-homme puisqu'elle a soit disant été crée à partir de la côte
de l'homme –
n'est
faite que pour procréer et se soumettre aux envies de l'homme.
Revenons
sur celles qui râlent. D'après moi elles se mettent elles-mêmes
dans cette situation d'infériorité et de soumission en
sous-entendant qu'il existe des activités et des codes réservés
aux hommes et d'autres aux femmes.
On a souvent accusé les
hommes de ne pas repérer le bouton On/Off
de l'aspirateur mais ne peut-on pas reprocher aux femmes de refuser
ce même bouton sur une perceuse-visseuse? De ne pas vouloir monter
un meuble en kit ? De ne pas laisser l'homme s'occuper des enfants?
De ne pas boire d'alcool? De laisser l'homme payer au restaurant?
…

Rappelons
qu'apprendre à lire
une recette,
lire
une notice d'utilisation,
connaître
la monnaie,...
s'enseigne
dès l'école maternelle – l'école
mixte s'étant généralisée depuis les années 60
-
et que cela concerne autant l'homme que la femme. Il ne suffit pas
d'avoir quelque chose entre les jambes pour prendre un marteau, une
tondeuse à gazon, changer une roue de voiture, boire de la bière,
courir après un ballon, faire de la batterie, ...
A contrario,
se raser sous les bras, prendre soin de son corps n'est pas synonyme
de perte de virilité.
Quand une camionneuse ( je découvre en ce
moment-même que mon logiciel word ne reconnaît pas ce mot là...)
se fera traiter de « goudou
»,
celui qui passe l'aspirateur sera qualifié de « tarlouze
»...
OUI nous avons hérité d'une société phallocrate et
OUI certaines situations nous sont confortables mais les accepter
c'est tout simplement admettre l’infériorité de la femme et par
conséquent la supériorité de l'homme.
Cependant ne nous
égarons pas. Si la femme est l'égale de l'homme, cela signifie
aussi que l'homme est l'égal de la femme.
Ne
partons pas non plus dans une quête de revanche castratrice stérile
qui tendrait vers une société « chattocrate ». Ne reproduisons
pas ce que nos ancêtres - eux
-
ont fait subir à nos ancêtres – elles.
Inutile
de passer du canapé à la table pour manger, de le regarder passer
l'aspirateur en se limant les ongles avec un sourire narquois, de
balancer des idées reçues telles que l'homme ne sait pas faire deux
choses en même temps (ce qui est faux, ce ne serait qu'une histoire
d'équilibre entre cerveau doit et gauche et qui s'applique aux deux
sexes),...
En bref, cessons cette guerre des sexes absurde et
vivons pacifiquement en tant qu'êtres humains tout en se libérant
des mentalités archaïques qu'un certain modèle nous a imposé.
Je
finirai en disant que la lutte est encore longue et qu'elle aura bien
avancé le jour où les femmes cesseront de souffrir quand il fait
chaud et qu'elles pourront se mettre, elles aussi, torse nu...
En
attendant je vais continuer à fumer des clopes autour du feu avec
les hommes pendant que les femmes sont en cuisine. Point de
solidarité féminine envers celles qui font perdurer la servitude de
la femme.